
Vous étiez persuadé qu'Alexandre Dumas était mort
? Quelle erreur ! Vous pensiez que les blagues de Toto représentaient
un vague corpus sans créateur commun ? Que de naïveté !
Heureusement, Rémi Lucas et son imagination débordante sont là
pour vous révéler les vérités les plus méconnues.
Il faut dire que sa vie n'est pas des plus banales. Au festival d'Angoulême,
c'est Tintin qui lui demande de l'aide contre de mystérieux ennemis.
Au zoo de Doué-la-Fontaine, il trouve Toto dans la cage du panda. Il
a beau faire promettre à Gérard Depardieu de ne pas intervenir
dans ses bandes dessinées, celui-ci n'en fait qu'à sa tête
et vient dans ses cases faire des recherches documentaires ou se lamenter sur
la mort de Maurice Pialat. Sans parler des Alexandre Dumas (celui de vingt-cinq
ans et celui de soixante) qui veulent voir un film de Woody Allen.
Non, la vie de Rémi Lucas n'est pas des plus banales. A tel point que
parfois, on se demande s'il n'en rajoute pas un peu, si certaines de ces histoires
ne sont pas (oh, légèrement) extrapolées
Lui-même, d'ailleurs, avoue souvent que ce qui vient de se passer n'est
pas très réaliste, et embraye aussitôt dans une autre direction.
Ou bien intègre à son histoire une planche de bande dessinée,
lue par les personnages à la page suivante. Bref, la réalité
et la fantaisie n'ont pas des frontières très claires et c'est
bien là l'originalité de son travail.
Rémi Lucas récupère l'autobiographie, ce genre très
en vogue en bande dessinée depuis une dizaine d'années, et mélangeant
les riens du quotidien avec les petites choses de la vie de tous les jours ;
mais à ce pseudo-réalisme, le dessinateur met plus que sa sauce
personnelle : il construit une vie fantasmatique, un univers fantaisiste et
drôle. Un véritable album de famille, où les ancêtres
seraient écrivains, dessinateurs, symboles, farfelus et comédiens.
Le long de ces histoires qui s'imbriquent, se suivent et ne se ressemblent pas,
il n'est pas toujours facile de distinguer le vrai du faux, le journal intime
un brin dérisoire de l'absurde complet. Ce qui importe, c'est que le
ton final ne ressemble à rien de connu.
C'est ici son troisième album aux jeunes éditions Flblb (prononcer
Flebeleb). Il ajoute à son orchestre, après Marthe Villalonga
et les compagnons de la chanson, Porthos, le bourreau de Béthune et le
sosie de Patrick Dewaere. C'est un hommage aux mythes, aux artistes populaires
et à l'imagination reine. Sur son Panthéon, qui est aussi le nôtre,
est gravée la formule : " Aux hommes illustres, la fantaisie reconnaissante
".
Rémi Lucas n'est pas adepte du gros rire qui tache, ou de la chute qui
fait mouche. Plutôt du sourire involontaire, qui vient quand on se sent
en terrain connu, presque chez soi, et qui ne nous lâche plus. Une fois
intégré à l'univers de Rémi Lucas, on ne le lâche
plus. On a l'impression d'être soi-même un morceau du sourire.