Les Rois de la Rumba

Par Rémi Lucas (et son orchestre)
Editions Flblb, mars 2005
108 pages, 15 euros



Vous étiez persuadé qu'Alexandre Dumas était mort ? Quelle erreur ! Vous pensiez que les blagues de Toto représentaient un vague corpus sans créateur commun ? Que de naïveté !

Heureusement, Rémi Lucas et son imagination débordante sont là pour vous révéler les vérités les plus méconnues.
Il faut dire que sa vie n'est pas des plus banales. Au festival d'Angoulême, c'est Tintin qui lui demande de l'aide contre de mystérieux ennemis. Au zoo de Doué-la-Fontaine, il trouve Toto dans la cage du panda. Il a beau faire promettre à Gérard Depardieu de ne pas intervenir dans ses bandes dessinées, celui-ci n'en fait qu'à sa tête et vient dans ses cases faire des recherches documentaires ou se lamenter sur la mort de Maurice Pialat. Sans parler des Alexandre Dumas (celui de vingt-cinq ans et celui de soixante) qui veulent voir un film de Woody Allen.
Non, la vie de Rémi Lucas n'est pas des plus banales. A tel point que parfois, on se demande s'il n'en rajoute pas un peu, si certaines de ces histoires ne sont pas (oh, légèrement) extrapolées…

Lui-même, d'ailleurs, avoue souvent que ce qui vient de se passer n'est pas très réaliste, et embraye aussitôt dans une autre direction. Ou bien intègre à son histoire une planche de bande dessinée, lue par les personnages à la page suivante. Bref, la réalité et la fantaisie n'ont pas des frontières très claires et c'est bien là l'originalité de son travail.

Rémi Lucas récupère l'autobiographie, ce genre très en vogue en bande dessinée depuis une dizaine d'années, et mélangeant les riens du quotidien avec les petites choses de la vie de tous les jours ; mais à ce pseudo-réalisme, le dessinateur met plus que sa sauce personnelle : il construit une vie fantasmatique, un univers fantaisiste et drôle. Un véritable album de famille, où les ancêtres seraient écrivains, dessinateurs, symboles, farfelus et comédiens. Le long de ces histoires qui s'imbriquent, se suivent et ne se ressemblent pas, il n'est pas toujours facile de distinguer le vrai du faux, le journal intime un brin dérisoire de l'absurde complet. Ce qui importe, c'est que le ton final ne ressemble à rien de connu.

C'est ici son troisième album aux jeunes éditions Flblb (prononcer Flebeleb). Il ajoute à son orchestre, après Marthe Villalonga et les compagnons de la chanson, Porthos, le bourreau de Béthune et le sosie de Patrick Dewaere. C'est un hommage aux mythes, aux artistes populaires et à l'imagination reine. Sur son Panthéon, qui est aussi le nôtre, est gravée la formule : " Aux hommes illustres, la fantaisie reconnaissante ".

Rémi Lucas n'est pas adepte du gros rire qui tache, ou de la chute qui fait mouche. Plutôt du sourire involontaire, qui vient quand on se sent en terrain connu, presque chez soi, et qui ne nous lâche plus. Une fois intégré à l'univers de Rémi Lucas, on ne le lâche plus. On a l'impression d'être soi-même un morceau du sourire.

Clément Lemoine - ONAPRATUT




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